Las Vegas, 22-23 avril 2026. Google tenait son grand raout cloud annuel, Cloud Next, et l’ambiance n’avait rien d’une conférence technique ordinaire. L’entreprise y a présenté ce qu’elle nomme désormais l’« ère agentique » — une époque où les systèmes d’IA ne se contentent plus de répondre à des questions, mais prennent des initiatives, orchestrent des tâches et coordonnent d’autres agents. Les annonces étaient nombreuses. Quelques-unes méritent qu’on s’y attarde.

Des agents partout, pour tout le monde

La pièce maîtresse de Cloud Next 2026 s’appelle la Gemini Enterprise Agent Platform. Google y regroupe un ensemble d’outils pour concevoir, déployer et superviser des agents IA en entreprise : Agent Studio pour la construction, un protocole Agent-to-Agent (A2A) pour faire communiquer les agents entre eux, un Agent Registry pour les recenser, une couche Agent Identity pour les authentifier, un Agent Gateway comme point d’entrée unifié, et Agent Observability pour en surveiller le comportement en production.

Difficile de ne pas être impressionné par la cohérence de l’architecture. Google ne vend plus un simple outil de génération de texte — il propose un système complet d’automatisation agentique, pensé pour les entreprises qui veulent aller au-delà des chatbots.

Pour les profils non techniques, Google lance aussi Workspace Studio : une plateforme sans code permettant à n’importe quel utilisateur de construire des agents au sein de Gmail, Docs, Sheets ou Meet, en décrivant les automatisations souhaitées en langage naturel. L’idée est séduisante : démocratiser l’accès aux agents IA sans passer par une équipe de développeurs.

Du silicium taillé pour l’ère agentique

Google a également profité de l’événement pour présenter la huitième génération de ses TPU (Tensor Processing Units, ses puces IA maison), avec une nouveauté structurelle : pour la première fois, la gamme se divise en deux chips aux usages distincts. Le TPU 8i est conçu spécifiquement pour l’inférence et l’apprentissage par renforcement, avec une latence ultra-basse, une mémoire vive embarquée portée à 384 Mo et une mémoire à haute bande passante (HBM) de 288 Go.

Cette spécialisation n’est pas anodine : elle signale que Google anticipe des charges de travail très différentes selon qu’on entraîne un modèle ou qu’on le fait tourner en production pour des tâches agentiques en temps réel. C’est une vision industrielle mature du déploiement de l’IA à grande échelle.

750 millions pour embarquer tout l’écosystème

Côté business, Google a annoncé un fonds de 750 millions de dollars destiné à ses partenaires — cabinets de conseil, intégrateurs systèmes, éditeurs de logiciels, partenaires de distribution. L’objectif affiché : les aider à identifier des cas d’usage à valeur ajoutée, prototyper des agents, former leurs équipes et déployer des solutions chez leurs clients.

En clair : Google finance l’adoption de sa propre plateforme en aidant ses distributeurs à vendre et implémenter ce qu’il construit. C’est une stratégie classique pour accélérer la pénétration dans les grandes organisations, mais à une échelle inédite pour ce type de technologie.

Ce que cela révèle — et ce que cela interroge

Google Cloud Next 2026 n’était pas une conférence sur l’IA en général. C’était la présentation d’un projet industriel très précis : construire les fondations techniques et commerciales d’une économie des agents IA, en positionnant Google comme l’infrastructure incontournable de ce nouveau marché.

L’ambition est claire, les moyens sont là. Mais plusieurs questions restent ouvertes. Le protocole A2A qui permet aux agents de se coordonner sera-t-il ouvert et interopérable, ou finira-t-il par enfermer les entreprises dans l’écosystème Google ? Les 750 millions promis aux partenaires créent une dépendance économique vis-à-vis d’une infrastructure propriétaire. Et à mesure que les agents deviennent plus autonomes, la question de leur supervision — qui décide quoi, qui en est responsable — devient centrale.

L’Europe, qui vient de faire entrer en vigueur son AI Act début avril, devra regarder de près comment ces architectures agentiques s’inscrivent dans ses exigences de transparence et de supervision humaine. Des obligations concrètes s’imposeront aux systèmes à haut risque dès août 2026.

Google accélère sur une vision cohérente et puissante. Ce qui manque encore, c’est un contre-poids à la hauteur : des alternatives open source matures, des initiatives publiques européennes, une réflexion collective sur ce que nous voulons que ces agents décident à notre place. La course est lancée. Elle ne devrait pas n’avoir qu’un seul concurrent.

Sources