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Haiku 5.5 : l’IA en gros ne coûte presque plus rien, l’IA au détail se rationne

Anthropic divise par dix le prix de son petit modèle, au niveau d’OpenAI. Pendant que les tokens s’effondrent pour les développeurs, les forfaits des particuliers se réduisent.

Haiku 5.5 : l’IA en gros ne coûte presque plus rien, l’IA au détail se rationne

Anthropic a sorti mercredi Claude Haiku 5.5, la nouvelle version de son plus petit modèle, et l’a accompagnée d’une annonce qui fait du bruit chez les développeurs : le prix est divisé par dix. Dix centimes de dollar pour un million de tokens en entrée, cinquante centimes en sortie, exactement le tarif de GPT-6 Luna, le petit modèle qu’OpenAI a lancé fin septembre. La guerre des prix est déclarée. Mais elle ne se joue pas partout pareil : pendant que le prix de gros de l’IA s’effondre, celui que paient les particuliers, lui, ne baisse pas. Il se rationne.

Dix fois moins cher, avec un astérisque

Haiku 4.5 coûtait 1 dollar par million de tokens en entrée et 5 dollars en sortie. Haiku 5.5 descend à 0,10 et 0,50 dollar, et même à moitié prix en traitement différé. Le « moins 90 % » mérite pourtant une précision : il ne vaut que pour les requêtes de moins de 100 000 tokens. Au-delà, le tarif passe à 0,50 et 2,50 dollars, soit une baisse de moitié seulement. Et le nouveau modèle découpe le texte plus finement, ce qui produit environ 30 % de tokens en plus pour le même contenu. Anthropic estime donc lui-même l’économie moyenne réelle à environ 75 %. C’est considérable, mais ce n’est pas 90 %.

Côté performances, Anthropic annonce un bond spectaculaire par rapport à la génération précédente, notamment pour piloter un ordinateur ou travailler dans un terminal, et des scores supérieurs à GPT-6 Luna sur ses propres tests. Ce sont les chiffres de l’éditeur ; aucune évaluation indépendante n’est encore disponible. Le modèle est accessible par l’API, sur les clouds d’Amazon, Google et Microsoft, et peut être choisi dans l’application Claude, y compris en version gratuite.

Le prix de gros s’effondre

Haiku 5.5 n’est pas un cas isolé. OpenAI présentait déjà sa génération GPT-6 comme deux fois moins chère que la précédente. Mistral propose son nouveau Large 4 à moitié prix pendant ses deux premières semaines. Pour une entreprise ou un développeur qui branche l’IA directement dans ses outils par l’API, l’intelligence artificielle devient une matière première bon marché, facturée au volume, de plus en plus proche d’une commodité.

Il y a une logique à cela. Ces petits modèles sont ceux qu’on fait tourner des milliers de fois par jour dans les agents, les chatbots de service client ou l’automatisation de tâches. Celui qui devient le fournisseur par défaut de ces usages répétitifs s’assure un débit énorme. Baisser le prix, c’est acheter des parts de marché, quitte à rogner sur la marge. Les investisseurs l’acceptent tant que la croissance suit.

Le prix de détail se rationne

Pour le grand public, le mouvement est différent. Les tarifs des abonnements restent figés autour de 20, 100 et 200 dollars, mais ce qu’ils contiennent se réduit. Chez OpenAI, les nouveaux abonnés à l’offre Pro à 200 dollars ont désormais une enveloppe d’usage plus basse pour le même prix, et une formule à 500 dollars a fait son apparition. Chez Google, les comptes Gemini gratuits n’auront plus accès, à partir de ce vendredi 9 octobre, qu’au modèle le plus léger. ChatGPT affiche de la publicité en France depuis la fin août. Anthropic, de son côté, n’a pas touché à ses abonnements et ajoute même des crédits d’API à ses formules les plus chères : le tableau n’est pas uniforme.

La tendance générale reste lisible : les tokens baissent, les forfaits se rationnent. Le prix de l’unité s’effondre pour ceux qui achètent en gros et savent le faire ; le particulier, lui, paie un forfait dont le contenu s’amenuise, ou paie avec son attention. C’est la suite logique de ce que nous décrivions dans notre édito sur les agents : d’abord l’habitude, ensuite la facture.

Ce que ça change pour une PME

Pour une petite entreprise, la leçon est très concrète. Empiler des abonnements individuels pour chaque salarié n’est pas toujours la meilleure option. Pour des tâches répétitives (trier des mails, résumer des documents, répondre à des questions fréquentes), passer par l’API d’un petit modèle peut coûter quelques euros par mois là où des abonnements en coûteraient des centaines. Et cette concurrence profite aussi aux modèles ouverts, comme ceux de Mistral, qu’on peut faire tourner chez soi ou chez un hébergeur européen, à l’abri des changements de tarif décidés à San Francisco.

La contrepartie, c’est qu’il faut un minimum de compétences pour en profiter : savoir brancher une API, choisir un modèle, surveiller sa consommation. C’est là que se creuse le vrai écart, entre ceux qui achètent l’IA en gros et ceux qui la louent au détail. Une raison de plus pour se former.

Sources

AnthropicEuropeLLMModèles IAOpenAIProductivité IA

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