Meta a présenté lundi 12 octobre Muse Wonder et Muse Wonder Full, ses premiers modèles qu’elle qualifie de « frontière », c’est-à-dire du niveau des meilleurs d’OpenAI, d’Anthropic et de Google. Mark Zuckerberg y voit « un grand pas vers une superintelligence personnelle pour tous ». Ce que le communiqué ne dit nulle part, c’est le mot qui a fait la réputation de Meta dans l’IA pendant trois ans : ouvert. Muse Wonder est payant, propriétaire, et ses poids ne sont pas téléchargeables. L’entreprise qui avait offert Llama au monde entier ferme la porte au moment où elle atteint le sommet.
Ce que Meta met sur la table
Muse Wonder est accessible par l’API de Meta à 4 dollars par million de tokens en entrée et 20 dollars en sortie, exactement le tarif de Claude Opus 5.5. Il accepte texte, images, vidéo, audio et PDF, dispose d’une mémoire de travail d’un million de tokens et d’un niveau de raisonnement réglable. Wonder Full, la version la plus puissante, n’est pas proposée par l’API : elle est réservée aux abonnés de l’outil de programmation Muse Code, à 50 ou 200 dollars par mois. Meta ne divulgue ni la taille des modèles ni leur fiche technique détaillée.
Sur ses propres tests, Meta se place devant GPT-6 Astra et Opus 5.5 en programmation et en travail juridique, tout en reconnaissant avoir évalué ses concurrents « au mieux ». Le premier classement indépendant, celui d’Artificial Analysis, est plus nuancé : Wonder Full arrive juste derrière Opus 5.5, au niveau de Sonnet 5.5, et Muse Wonder un cran en dessous, derrière Fable 5.1, GPT-6 Astra et Gemini 4 Argon. Le site allemand The Decoder relève aussi un coût par tâche élevé et des faiblesses en culture générale. Un modèle de premier plan, donc, mais pas le nouveau roi. L’application Muse n’est toujours proposée qu’aux États-Unis et au Canada, et l’API Wonder n’est pas annoncée en Europe.
La promesse non tenue
Il faut se souvenir d’où vient Meta. En 2023 et 2024, Llama était le modèle ouvert de référence, celui sur lequel des milliers d’entreprises, de laboratoires et de bricoleurs ont construit sans demander la permission. Mark Zuckerberg en avait fait une doctrine : l’ouverture comme avantage stratégique face à OpenAI et Google. Le tournant date d’avril : Muse Spark, premier modèle fermé, que nous qualifiions alors de volte-face. En mai, Alexandr Wang, qui dirige les laboratoires de Meta, expliquait que Spark n’était « pas adapté à l’open source » pour des raisons de sécurité. En août, Meta publiait tout de même un petit modèle ouvert, Muse Glimmer, et Zuckerberg promettait de libérer « bientôt » les poids de Spark. Deux mois plus tard, cette promesse n’est pas tenue, et la génération suivante arrive fermée.
La stratégie est désormais lisible : des petits modèles ouverts pour entretenir la communauté, des modèles de pointe fermés et payants pour rentabiliser les 130 à 145 milliards de dollars d’investissements prévus cette année. Meta n’a jamais annoncé l’abandon des poids ouverts ; elle les a simplement réservés à ce qui ne rapporte pas. Yann LeCun, qui incarnait l’ouverture scientifique de l’entreprise, est parti en novembre dernier fonder son propre laboratoire à Paris.
Ce que ça change pour l’Europe
Pour tous ceux qui comptaient sur Meta pour disposer d’un modèle de premier plan hébergeable chez soi, la page est tournée. Les modèles ouverts de pointe viennent aujourd’hui de Chine, avec Kimi, DeepSeek ou Qwen, et, depuis la semaine dernière, de France, si Mistral tient sa promesse de publier les poids de Large 4 le 27 octobre. L’ouverture n’est pas une vertu naturelle des géants : c’est une position qu’ils tiennent tant qu’elle leur sert. Meta vient de le rappeler.
Sources
- Meta — Introducing the Muse Wonder models (12 octobre 2026)
- Meta Superintelligence Labs — Muse Wonder (blog recherche)
- TechCrunch — Meta releases its first frontier model, Muse Wonder
- VentureBeat — Muse Wonder and Muse Wonder Full achieve frontier performance, but only the weaker one is available via API
- The Decoder — Muse Wonder Full breaks into the AI top tier
- Mark Zuckerberg sur X (12 octobre 2026)
- Implicator — Alexandr Wang : Muse Spark n’est pas prêt pour l’open source (mai 2026)
- Fortune — Meta et ses 145 milliards de dépenses IA (avril 2026)
- Clubic — Muse passe à la vitesse supérieure, mais l’Europe devra patienter (8 octobre 2026)

