Lundi 19 octobre, au sommet « Invest in Germany » organisé à Berlin, le chancelier Friedrich Merz et le patron de Nvidia, Jensen Huang, ont posé côte à côte pour la signature d’une déclaration d’intention entre le gouvernement allemand et le géant américain des puces. Objet : une initiative commune sur l’« IA physique », celle qui pilote des robots, des machines et des usines, avec en priorité des modèles « spécialisés et ouverts » pour l’industrie et les PME allemandes. Le même jour, Siemens présentait son usine pilote d’Erlangen, conçue avec les outils de Nvidia. Une semaine plus tôt, Berlin enterrait, pour l’instant, son projet d’IA publique franco-allemande avec Mistral et SAP.
Ce qui a été signé, et ce qui ne l’a pas été
Le texte signé par les ministères allemands de l’Économie et de la Recherche est une déclaration d’intention : elle n’engage ni montant ni calendrier publics. Selon le quotidien économique Handelsblatt, l’État fédéral pourrait y consacrer plusieurs centaines de millions d’euros, surtout pour louer de la puissance de calcul dans l’« Industrial AI Cloud » que Deutsche Telekom a ouvert en février à Munich avec Nvidia, tandis que le groupe américain fournirait ingénieurs et puces ; aucune annonce officielle n’a repris ce chiffre. Nvidia a aussi annoncé des prises de participation dans quatre jeunes pousses allemandes, sans en donner le montant.
Côté Siemens, il ne s’agit pas d’un nouvel accord, mais de la vitrine d’un partenariat annoncé en janvier. Dans son usine électronique d’Erlangen, le groupe utilise les outils de simulation et d’IA de Nvidia pour concevoir et piloter la production en virtuel avant de toucher aux machines. Siemens annonce jusqu’à 85 % d’effort d’ingénierie en moins et jusqu’à 20 % de coûts en moins grâce à la planification par agents ; ce sont ses chiffres. Il s’agit, résume son dirigeant Cedrik Neike, de faire sortir l’IA des centres de données pour l’amener dans les usines.
Souverain, mais sur des puces américaines
Le contraste avec la semaine précédente est frappant. Le 13 octobre, nous racontions comment Berlin laissait sans suite l’accord-cadre d’« IA souveraine pour l’administration » annoncé en 2025 avec la France, Mistral et SAP ; le ministère allemand du Numérique conteste depuis qu’il s’agisse d’un retrait. Cette semaine, c’est avec Nvidia que l’Allemagne veut rattraper ce que Jensen Huang lui-même appelle un retard : il juge le pays « tellement décroché » en IA. L’argument de souveraineté n’a pas disparu, il a changé de sens. Pour Jensen Huang, ce qui compte, c’est qui contrôle les données, pas qui fabrique le matériel. Pour l’Europe, c’est une lecture commode : elle permet de qualifier de souverain un cloud allemand rempli de puces américaines.
Le sujet nous concerne directement. Siemens emploie plus de 900 personnes à Haguenau, sur un site qui produit de l’instrumentation industrielle et abrite un centre de recherche, et Black Forest Labs, l’une des jeunes pousses d’IA les plus en vue d’Europe, est installée à Fribourg-en-Brisgau, à une heure de Strasbourg. L’industrie du Rhin supérieur va être aux premières loges de cette IA d’usine. La question, pour elle comme pour l’Allemagne, est la même : est-on en train de construire une capacité européenne, ou de louer plus vite la technologie d’un seul fournisseur ? La GTC de Nvidia, qui s’ouvre aujourd’hui à Berlin, donnera peut-être des éléments de réponse.
Sources
- Nvidia — Germany wants to lead the world in industrial AI (19 octobre 2026)
- Siemens — Siemens partners with NVIDIA to advance AI-driven, autonomous factories (19 octobre 2026)
- deutschland.de — Merz announces AI partnership with Nvidia
- dpa via Tagesspiegel — Nvidia-Chef Huang sieht Deutschland « so weit abgehängt »
- ZDF — Nvidia et le gouvernement allemand préparent une coopération (17 octobre 2026)
- Deutsche Telekom — Industrial AI Cloud
- ad-hoc-news — Le ministère allemand du Numérique dément une résiliation (accord Mistral-SAP)
- Le Journal des Entreprises — Siemens à Haguenau

