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Data center Microsoft de Petit-Landau : Mulhouse vote l’« intérêt général », le Sénat fixe les conditions

L’agglomération de Mulhouse a franchi une étape clé pour le projet de 2 milliards d’euros de Microsoft. Le même jour, un rapport du Sénat disait ce que devrait être un data center exemplaire.

Data center Microsoft de Petit-Landau : Mulhouse vote l’« intérêt général », le Sénat fixe les conditions

Le data center de Microsoft dans le sud de l’Alsace a franchi une nouvelle étape. Lundi, le conseil de Mulhouse Alsace Agglomération a approuvé la « déclaration d’intérêt général » du projet prévu à Petit-Landau et Hombourg, au bord du Rhin : environ deux milliards d’euros d’investissement, 36 hectares de terres agricoles, et une consommation électrique de plus de 1 500 gigawattheures par an. Devant le parc des expositions de Mulhouse, une trentaine d’opposants manifestaient. Le même jour, à Paris, le Sénat remettait au gouvernement un rapport sur l’empreinte environnementale de l’intelligence artificielle. Les deux événements racontent la même histoire, à deux échelles.

Ce que représente le projet

Le site doit accueillir trois bâtiments d’équipements informatiques et 111 groupes électrogènes de secours, ce qui le classe parmi les installations industrielles les plus encadrées. Son alimentation passera par deux lignes souterraines à très haute tension, de 225 000 volts, depuis le poste électrique « Sud Alsace ». La consommation annoncée, supérieure à 1 500 gigawattheures par an, équivaut selon l’autorité environnementale du Grand Est à environ 80 % de celle de l’ensemble des ménages du Haut-Rhin. Microsoft promet environ 200 emplois directs ; les travaux ne commenceraient pas avant 2029.

Le vote de lundi n’est pas le dernier mot. L’agglomération avait déjà donné un avis favorable en juin sur la demande d’autorisation environnementale ; l’enquête publique, du 1er juin au 3 juillet, s’est conclue fin août par un avis favorable du commissaire enquêteur, assorti d’une seule réserve, sur le bruit. Le conseil départemental de l’environnement a lui aussi rendu un avis favorable le 6 octobre. Restent l’arrêté du préfet et les permis de construire des deux communes.

Une opposition qui ne faiblit pas

Le collectif « IA pas moyen », qui rassemble une vingtaine d’organisations dont Alsace Nature, Stop Fessenheim, Eau en danger, Attac et la Confédération paysanne, conteste le projet depuis le début : consommation d’électricité, groupes électrogènes au fioul, artificialisation de terres agricoles, dont une partie cultivée en bio, et usage de l’eau. Selon le collectif, 80 % des contributions à l’enquête publique étaient défavorables. Il évoquait cet été une action en justice ou une occupation du site si le projet était validé ; aucun recours n’a été déposé à ce jour. La conseillère régionale écologiste Cécile Germain-Ecuer s’y oppose aussi. Microsoft, sollicité à plusieurs reprises par la presse, ne s’est pas exprimé publiquement sur le vote.

Ce que dit le Sénat

Le rapport sénatorial remis le 13 octobre à la ministre chargée du numérique, Anne Le Hénanff, éclaire le débat sans le trancher. Ses trois rapporteurs, Guillaume Chevrollier, Damien Michallet et Simon Uzenat, ne demandent pas de limiter le nombre de data centers : ils veulent faire de l’excellence environnementale un argument pour en attirer davantage en France. Leurs seize recommandations, adoptées à l’unanimité, visent notamment à récupérer la chaleur produite par les serveurs pour chauffer des bâtiments, à décaler certains calculs pour ne pas peser sur les heures de pointe du réseau, à réserver un tarif d’électricité réduit aux centres les plus vertueux, et à obliger les fournisseurs de modèles d’IA à publier leur empreinte, avec un « écoscore » des modèles. Le rapport ne dit rien de spécifique sur l’eau.

C’est là que le projet alsacien interroge. Rien, dans ce que l’on sait publiquement du dossier de Petit-Landau, ne détaille la récupération de la chaleur fatale, ni la part de cette énergie qui servira à l’intelligence artificielle plutôt qu’au cloud classique, ni la puissance électrique exacte appelée sur le réseau. Si la France veut des data centers exemplaires, comme le recommande le Sénat, le premier gros projet alsacien est l’occasion de le montrer. Une déclaration d’intérêt général engage la collectivité : c’est le moment d’exiger, en contrepartie, ces garanties-là, noir sur blanc.

Nous suivons ce dossier depuis le printemps : « À Mulhouse, le datacenter Microsoft pèsera sur l’énergie de toute l’Alsace » et notre enquête sur les datacenters IA et la souveraineté.

Sources

AlsaceDatacenterFranceGrand EstMicrosoftSouveraineté

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