Du 27 septembre au 1er octobre, le Palais de la musique et des congrès de Strasbourg a accueilli MICCAI, le grand rendez-vous mondial de l’IA appliquée à l’imagerie médicale et à la chirurgie assistée par ordinateur. Pour sa 29e édition, le congrès a battu son record : 4 601 articles scientifiques soumis, un quart de plus qu’en 2025, dont 1 167 acceptés, venus de 48 pays. S’y ajoutaient 112 événements satellites, ateliers, compétitions et tutoriels. Pendant cinq jours, une bonne partie de ce qui se fera demain dans les hôpitaux du monde s’est discuté à deux pas du Wacken.
La revanche de 2021
Strasbourg revient de loin. La ville avait déjà été choisie pour l’édition 2021, mais la pandémie avait contraint les organisateurs à tout basculer en ligne. Cette année, le congrès devait se tenir à Abou Dhabi. Le 13 avril, invoquant « l’incertitude persistante au Moyen-Orient », la société savante MICCAI a décidé de le rapatrier à Strasbourg, à cinq mois et demi de l’ouverture. Abou Dhabi l’accueillira en 2029.
Le pari a reposé en bonne partie sur Caroline Essert, professeure d’informatique à l’Université de Strasbourg, directrice du département informatique du laboratoire ICube et ancienne présidente de la société MICCAI. Elle présidait déjà l’édition annulée de 2021. Dans le livret du congrès, elle confie savoir « de première main » ce que c’est que d’annuler après tant de travail et d’enthousiasme. Le président de la société, Marius George Linguraru, résume : « cinq ans plus tard, nous avons enfin l’occasion de nous réunir ici en personne ». Le congrès a été soutenu par l’Université de Strasbourg, ICube, l’IHU Strasbourg, l’institut thématique HealthTech, le cluster d’IA du Grand Est ENACT et la Ville.
Ce qui occupe les chercheurs
Le programme donne une photographie assez fidèle du domaine. D’après notre décompte des titres des communications, la segmentation, qui consiste à délimiter automatiquement un organe ou une tumeur sur une image, reste de loin le premier sujet. Viennent ensuite les modèles génératifs, qui synthétisent des images, puis l’analyse de lames de pathologie et la chirurgie. Les nouveaux venus de l’IA générale s’installent : modèles de fondation, modèles qui associent image et langage, rédaction automatique de comptes rendus, et même une trentaine de travaux sur les agents. Les questions d’équité et de biais restent minoritaires, avec une vingtaine de titres.
Le thème officiel de l’édition, « du concept à l’impact clinique », dit bien la tension du moment : les algorithmes progressent vite, leur arrivée au lit du patient beaucoup moins. Le panel d’ouverture posait la question sans détour : comment transformer les progrès techniques en bénéfices cliniques fiables, équitables et mesurables ? Deux interventions ont particulièrement résonné avec les préoccupations de ce site. Le chercheur Karim Lekadir, de l’Université de Barcelone, a plaidé pour associer patients et citoyens à la recherche, estimant que la validation technique et clinique ne suffit pas à conférer une légitimité sociale. La roboticienne Daniela Rus a défendu une intelligence embarquée sur les appareils médicaux eux-mêmes, qui garde les données au plus près du patient plutôt que de les envoyer dans le cloud.
Les Strasbourgeois à domicile
Strasbourg n’a pas seulement prêté ses murs. L’équipe CAMMA de Nicolas Padoy, commune à l’Université et à l’IHU, figurait au programme avec plusieurs articles, dont un sur l’apprentissage fédéré pour reconnaître les étapes d’une opération sans centraliser les vidéos des hôpitaux. Elle organisait aussi un atelier sur la sécurité chirurgicale et une compétition scientifique. L’équipe de Caroline Essert présentait ses travaux sur la planification des ablations thermiques de tumeurs, et l’équipe MIMESIS d’Inria ses recherches sur la simulation médicale.
Le congrès arrive dans une année riche pour l’écosystème local. L’IHU Strasbourg a obtenu en février le marquage CE de mAI Companion, un assistant d’IA pour l’échoendoscopie du pancréas, utilisé pour la première fois en France aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg fin août. En septembre, le japonais Kawasaki a ouvert à l’IRCAD son premier centre de recherche hors du Japon, consacré aux robots médicaux. Et la jeune pousse strasbourgeoise Pixacare vient de décrocher le marquage CE pour son IA d’analyse des plaies.
Ce que ça dit de Strasbourg
On parle souvent de l’IA comme d’une affaire de Californie et de centres de données géants. MICCAI rappelle qu’une partie décisive se joue ailleurs : dans des laboratoires, des hôpitaux universitaires et des blocs opératoires, sur des problèmes précis, avec des médecins. Strasbourg y tient un rang que peu de villes de sa taille peuvent revendiquer, grâce à une alliance ancienne entre université, hôpital, IHU et IRCAD.
Reste le défi que le congrès lui-même a mis au centre : passer de la publication à l’usage, sans sacrifier la confiance des patients. En Europe, l’AI Act classe les logiciels médicaux parmi les systèmes à haut risque, avec des obligations de transparence et de contrôle humain. C’est une contrainte, mais aussi une chance pour un écosystème comme celui de Strasbourg, habitué à travailler au plus près des cliniciens : montrer qu’une IA médicale peut être à la fois performante, sobre et digne de confiance.
Sources
- MICCAI 2026 — Program Book
- MICCAI 2026 — Moving to Strasbourg
- ICube — MICCAI 2026 to be held in Strasbourg
- MICCAI Quarterly — septembre 2026
- MICCAI 2026 — Keynotes
- CAMMA — Université de Strasbourg / IHU
- IHU Strasbourg — première française pour mAI Companion
- France 24 / AFP — À Strasbourg, un centre d’innovation japonais va créer des robots médicaux
- MICCAI 2021 — passage en ligne

