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« Paris en feu », faux Etchebest, panthère rose : les fausses images IA du 17 octobre

La manifestation contre la vie chère a été recouverte en quelques heures par des images fabriquées, vues des millions de fois. Comment elles ont circulé, et trois réflexes pour ne pas s’y laisser prendre.

« Paris en feu », faux Etchebest, panthère rose : les fausses images IA du 17 octobre

Samedi 17 octobre, entre 550 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur et 800 000 selon les organisateurs ont manifesté en France contre la vie chère. La journée a été réellement violente : l’hôtel de ville de Limoges en grande partie détruit par un incendie, des pillages à Paris, 1 200 interpellations selon le gouvernement. Mais en quelques heures, une autre manifestation s’est superposée à la vraie : celle des images fabriquées par IA, vues des millions de fois. Une panthère rose arrêtée par des CRS, Paris en flammes vu du ciel, un chef cuisinier célèbre défendant son restaurant, un couple âgé agressé. Rien de tout cela n’est vrai.

Quatre faux, quatre recettes

« Paris en feu ». Une vue aérienne de la capitale embrasée, tour Eiffel au centre, vue plus de 640 000 fois selon France 24. On y trouve une tour futuriste qui n’existe pas, et les Invalides ont disparu. Les détecteurs y ont repéré un filigrane invisible, signe d’une génération par les outils d’OpenAI, comme l’ont établi France 24 et le site espagnol de vérification Maldita.

La Panthère rose. Le personnage de dessin animé fait un doigt d’honneur aux forces de l’ordre, lance un engin incendiaire, puis se fait arrêter sur les Champs-Élysées. Plus d’un million de vues sur X. Selon France 24, l’image de l’arrestation détourne une photo de l’AFP prise le soir de la finale de la Ligue des champions, en mai 2025, et a notamment été relayée par un compte régulièrement épinglé pour diffusion de désinformation russe.

Le faux Etchebest. Une vidéo montre le chef Philippe Etchebest, en veste de cuisine, criant à des manifestants de ménager « son resto ». Son visage a été greffé sur celui d’un jeune homme filmé dans une vidéo TikTok d’origine, retrouvée par France 24 et Les Surligneurs. Le restaurant appartient à quelqu’un d’autre, et le chef possède ses établissements à Bordeaux. Une note de la communauté signale le trucage sur X ; le chef, lui, ne s’est pas exprimé.

Le couple d’octogénaires. C’est le faux le plus grave. Le soir même, une rumeur d’agression circule, relayée un temps à l’antenne et dans un direct de presse au nom d’une « source policière », avant d’être retirée. Vers 22 h 30, la photo d’un couple âgé agressé et dévêtu apparaît sur X, d’abord publiée par le site Infos-Israel.news selon France 24 et Les Surligneurs. Une version recadrée atteint ensuite six millions de vues selon France 24, relayée par des comptes d’extrême droite en France et à l’étranger, et même, un temps, par un syndicat de police qui a depuis supprimé son message. L’image porte les défauts classiques de l’IA : une main à quatre doigts, une silhouette à deux têtes. Au 20 octobre, le parquet de Paris n’avait reçu aucune plainte. Prudence toutefois : qu’une image soit fausse ne prouve pas qu’une agression n’a pas eu lieu, seulement qu’aucune confirmation officielle n’existe et que cette photo n’en est pas une preuve.

Pourquoi ça marche

Aucune de ces images ne demandait de compétence particulière : quelques phrases tapées dans un générateur grand public suffisent. Elles ont toutes été publiées dans les heures où l’information était la plus confuse, et chacune confirmait ce que son public voulait croire : le chaos, l’insécurité, l’ennemi désigné. Les filigranes invisibles apposés par OpenAI ou Google ont servi aux vérificateurs, mais n’ont empêché aucune diffusion. Nous n’avons trouvé trace d’aucun retrait par les plateformes, seulement une note de la communauté et un étiquetage sur Facebook, ni d’aucune prise de parole de Viginum, le service de l’État chargé de la lutte contre les ingérences numériques, ou de l’Arcom.

Le résultat est double. Des millions de personnes ont vu des scènes qui n’ont jamais existé. Et la colère réelle sur la vie chère, celle qui avait mis des centaines de milliers de gens dans la rue, s’est retrouvée noyée sous les images d’un spectacle inventé, au profit de ceux qui ont intérêt à attiser ou à discréditer.

Trois réflexes avant de partager

  • Remonter à la source. Une recherche d’image inversée (Google Lens, TinEye) a suffi à retrouver la vidéo TikTok d’origine du faux Etchebest et la photo AFP de la Panthère rose.
  • Confronter le décor à la réalité. Google Maps ou Street View montrent vite qu’un monument manque ou qu’une tour n’existe pas. Regarder aussi les mains, les silhouettes, les textes.
  • Se méfier de ce qui confirme trop bien ses craintes. Un détecteur de filigrane peut aider, mais un résultat négatif ne prouve rien. Quand une image arrive vite et dit exactement ce qu’on redoute, c’est le moment d’attendre.

Sources

DeepfakesDésinformationManifestationOpenAIRéseaux sociaux

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